
Réalisateur : Thomas Cailley
Acteurs : Kévin Azaïs, Adèle Haenel, Brigitte Roüan, Antoine Laurent…
Genre : comédie rafraîchissante
Date de sortie française : 20 août 2014
Nationalité : France
Durée : 1h38
Classification : tout public
Un premier long-métrage solaire, drôle et juste. La comédie de l’été !
Les Combattants est l’histoire d’une rencontre, ou plutôt de rencontres : celle d’Arnaud avec le monde adulte (suite au décès de son père), celle de Madeleine avec le monde militaire, et celle de ces deux personnages qui vont jouer de leurs différences pour s’unir dans la survie. En étant extrêmement sensible, la mise en scène du jeune Thomas Cailley sublime le rapprochement progressif de ces êtres opposés par le regard innocent de son protagoniste masculin (excellent Kévin Azaïs) envers le garçon manqué obsédé par l’apocalypse qu’est Madeleine (fascinante Adèle Haenel). Loin de paraître drôle au premier abord, le film tire son humour et son énergie de ses contrastes, de ses décalages et donc, de l’absurdité qu’il décrit. Cela passe en premier lieu par ce mélange des genres que maîtrise parfaitement le cinéaste. En partant d’une simple romance pour dévier sur une comédie militaire, son film s’affranchit des références écrasantes qui peuvent servir un premier long-métrage, renversant les possibles barrières d’un cinéma français très codifié. Il s’ouvre sa propre voie, celle de la description d’un univers constitué d’une diversité des plus improbables, où une station-service côtoie une forêt servant pour des entraînements en situation de l’armée.
L’insoutenable légèreté de l’être.
Le plus beau, c’est que Les Combattants trouve sa puissance dans son naturel et sa simplicité. Chaque dialogue est parcimonieusement réfléchi pour être le plus réaliste possible (et comique aussi), tandis que les situations durant le stage de l’armée de terre sont directement inspirées de l’expérience du réalisateur. On ne peut alors que féliciter la justesse avec laquelle Cailley dépeint une jeunesse qui semble en dehors de son époque, apeurée par la crise et le chômage. Cette appréhension est exacerbée par Madeleine. Chacune de ses actions doit être prise au sérieux, car elle craint le vide, le fait de ne rien faire. Elle remplit des sacs de plongée de briques pour apprendre à nager en supportant un poids important. Elle se laisse couler dans la rationalité qu’Arnaud lui fait comprendre comme étant absurde. Il tente de l’alléger, de lui apprendre que tout n’a pas pour fonction d’être utile, qu’il faut juste se contenter de « kiffer », surtout face à leur crainte d’une fin du monde proche.
La Grande Vadrouille.
Tout en étant conscient, Thomas Cailley se veut ainsi rassurant. Derrière les peurs de ses personnages, il transcende les codes de la comédie romantique pour décrire un apprentissage où chacun apporte à l’autre. Avec une certaine tendresse, le film les enveloppe dans une bulle, qui emporte avec elle le spectateur. Le réalisme de la première moitié laisse gentiment la place à un aspect plus romanesque, surtout dans la dernière partie orientée survival. Devant l’écran de cinéma, nous en venons, nous aussi, à oublier nos problèmes, à suivre avec passion ces héros qui jouent à Man vs. Wild. Le réalisateur et son frangin chef-opérateur en profitent alors pour sublimer à chaque plan les décors de leurs Pyrénées-Atlantiques natales, sans pour autant que le message écolo qui les accompagne ne soit trop lourdingue. Et quand Cailley fait flirter son long-métrage avec le film catastrophe, il revient au bon moment dans une certaine gravité, supportée par une ambition visuelle qui confirme que la nouvelle génération du cinéma français commence à nous arriver avec panache.
« Ne pas subir ! »
Car Les Combattants est, sans doute involontairement, la sublime locomotive d’un train nouveau, qui se moque bien des frontières, quelles qu’elles soient. Au-delà d’être brillamment écrit, réalisé et interprété, le film tombe au meilleur moment et offre un véritable vent de fraîcheur dans le paysage cinématographique français. De sa BO électro parfaitement appropriée à son regard bienveillant sur la génération Y, tout est fait pour communiquer au spectateur une énergie rayonnante, qui confère en Thomas Cailley un nouvel espoir du septième art hexagonal. Pour lui, à l’instar de ses personnages, l’aventure se partage, car il n’y a pas plus belle survie que quand on survit pour d’autres.
Soigné et inventif, Les Combattants est un pur bijou qui revigore instantanément. En plus de son incroyable duo d’acteurs, soyez sûrs que l’on va suivre de très près son réalisateur, Thomas Cailley.
Bande-annonce : Les Combattants
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